Logiciels libres rangés

Les nominés et lauréats des trophées du Monde Informatique contiennent cette année encore, comme pour les précédentes moutures, une bonne proportion de logiciels libres [1]. Ce qui est nouveau c'est que les logiciels libres semblent être rentrés dans le rang.

En effet, alors que les années précédentes, Le Monde Informatique pointait l'utilisation de logiciels libres, cette année il parle des solutions libres de la même manière que des solutions commerciales.

L'enquête ITRmanager/Solutions Linux « Quelle place pour le logiciel libre ? » [2] tente de dégager les motivations et les freins ressentis par les entreprises face au logiciel libre. L'enquête révèle aussi que la problématique la plus importante pour les entreprises interrogées est à 41% d'évoluer vers le libre, à 39% une mise à jour fonctionnelle et à 36% une mise à niveau technique. Et que 53% des entreprises pensent que "le modèle de développement et de mise en oeuvre de Linux et des logiciels libres va devenir le modèle dominant". Et même que 43% voient dans la philosophie du libre un facteur poussant à les utiliser.

Il me semble qu'il y a là deux points de vue très différents. D'un côté les logiciels libres sont vus comme des solutions identiques aux solutions commerciales. On les compare sur des critères plus ou moins objectifs et pragmatiques : coûts de déploiement, difficultés d'intégration, etc. De l'autre une migration vers le libre est mise au même niveau mais reste cependant différente d'une mise à jour fonctionnelle ou technique. Si le libre n'est ni fonctionnel ni technique que peut-il bien être ? Et surtout le modèle de développement, voire la philosophie du libre, reste un critère de différenciation.

Le premier point de vue me fait penser aux éditeurs de logiciels libres. Redhat, Cantico, Skyrix, ces entreprises éditent des logiciels libres. Libres car fournis avec les sources. Mais les utilisateurs peuvent facilement les voir comme des logiciels commerciaux, dont le développement est contrôlé par l'éditeur, dont les mises à jour sont basées sur des critères peut-être plus marketing que utiles. La différence se fait alors effectivement sur des critères de coût et autres mesures (presque) objectives. Et les entreprises sont finalement assez friandes de ces comparaisons. Les logiciels libres ont donc intérêts à pouvoir être rangés ainsi.

Le deuxième point de vue me fait penser à la communauté du libre. Il est clair que cette philosophie sous-jacente et ce mode de développement sont des caractéristiques portées par la communauté. Cette communauté est au sens large l'ensemble des générateurs de logiciels libres, donc à priori également les éditeurs. Mais pour ce qui nous intéresse je la restreint plutôt à l'ensemble des bénévoles travaillant le plus souvent dans l'ombre et pour une gloire bien éphémère sinon absente. Cette communauté, donc, ne travaille absolument pas dans une perspective d'amélioration des coûts.

Ces points de vue sont-ils exclusifs ? Doit-on oublier la philosophie pour se concentrer sur le CTO ? Ou à l'inverse faire fi de toute évaluation et adopter le libre pour le libre ? Personnellement je pense que non. Je pense que les logiciels libres se sont ou sont en train de se ranger. Non pas qu'ils abandonnent leur philosophie, bien au contraire. Mais avec leur maturation ils prennent en compte de plus en plus de problématiques des utilisateurs et y apportent des solutions de plus en plus efficaces et élégantes [3]. L'élégance mise en avant par la communauté n'empêche pas, et même souvent amène à, l'efficacité recherchée par les entreprises.

Alors, rangés les logiciels libres ? Oui mais non.

[1] http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/...
[2] http://www.itrmanager.com/49159-enquete,itrmanager...
[3] http://www.catb.org/~esr/faqs/hacker-howto.html#believe2

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